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	<title>Archives des Oreille - La Sketchothèque</title>
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	<description>Les sketchs de Jean-Pierre Martinez</description>
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	<title>Archives des Oreille - La Sketchothèque</title>
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		<title>Noir corbeau</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Pierre Martinez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Apr 2025 13:19:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[2 personnages]]></category>
		<category><![CDATA[Absurde]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Noir corbeau, un sketch humoristique extrait du recueil 'De toutes les couleurs' de Jean-Pierre Martinez.</p>
<p>L’article <a href="https://sketchotheque.net/noir-corbeau/">Noir corbeau</a> est apparu en premier sur <a href="https://sketchotheque.net">La Sketchothèque</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading"><em>Sketch de Jean-Pierre Martinez</em></h2>



<p><em>Deux personnages.<br></em><strong>Vincent</strong> – Tu sais pourquoi Van Gogh s’est coupé l’oreille ?<br><strong>Paul</strong> – Qui ?<br><strong>Vincent</strong> – Van Gogh !<br><strong>Paul</strong> – Le peintre ?<br><strong>Vincent</strong> – Pourquoi? Tu connais un Van Gogh qui serait coiffeur, charcutier ou coureur cycliste ?<br><strong>Paul</strong> – Non…<br><strong>Vincent</strong> – Bizarre, quand même…<br><strong>Paul</strong> – Qu’il n’y ait aucun charcutier qui s’appelle Van Gogh ?<br><strong>Vincent</strong> – De se couper l’oreille !<br><strong>Paul</strong> – Pourquoi il a fait ça ?<br><strong>Vincent</strong> – C’est ce que je viens de te demander…<br><strong>Paul</strong> – Et comment je le saurais ?<br><strong>Vincent</strong> – Il paraît qu’il l’a offerte à Gauguin, emballée dans du papier journal.<br><strong>Paul</strong> – Il aurait mieux fait de l’offrir à Beethoven.<br><strong>Vincent</strong> – Beethoven n’était pas peintre.<br><strong>Paul</strong> – Non. Mais il était sourd. Tu n’as pas lu les pièces de Roland Dubillard ?<br><strong>Vincent</strong> – Non…<br><strong>Paul</strong> – Remarque, il n’a pas vendu une toile de son vivant.<br><strong>Vincent</strong> – S’il écrivait des pièces de théâtre.<br><strong>Paul</strong> – Van Gogh ! C’est peut-être pour ça qu’il s’est coupé l’oreille.<br><strong>Vincent</strong> – Par dépit ?<br><strong>Paul</strong> – C’est vrai que je ne connais personne qui ait tenté de se suicider en se tranchant l’oreille…<br><strong>Vincent</strong> – Il a peut-être essayé de se trancher la gorge, il a raté son coup, et c’est l’oreille qui a tout pris. Il y a des gens maladroits.<br><strong>Paul</strong> – Et il aurait inventé tout ça pour éviter de passer pour un manchot ? Un peu tiré par les cheveux, non ?<br><strong>Vincent</strong> – D’ailleurs Van Gogh n’était pas encore né quand Beethoven est mort. Je ne vois pas comment il aurait pu lui donner son oreille…<br><strong>Paul</strong> – Ou alors il s’est coupé en se rasant. Et après on en a fait tout un fromage, parce que c’était Van Gogh.<br><strong>Vincent</strong> – Moi, quand je me coupe l’oreille, personne n’en parle…<br><strong>Paul</strong> – C’est pas mal, ses tableaux, mais bon… Est-ce que ça vaut vraiment ce que ça coûte ?<br><strong>Vincent</strong> – Si personne ne lui achetait de toiles de son vivant, ce n’est peut-être pas par hasard.<br><strong>Paul</strong> – C’est sûrement eux qui avaient raison. Van Gogh, ça ne vaut pas un clou. Le clou pour accrocher le tableau…<br><strong>Vincent</strong> – Ni la corde pour le pendre.<br><strong>Paul</strong> – Il s’est pendu ?<br><strong>Vincent</strong> – Qui ?<br><strong>Paul</strong> – Van Gogh !<br><strong>Vincent</strong> – Non, pourquoi ?<br><strong>Paul</strong> – Laisse tomber…<br><strong>Vincent</strong> – Et Beethoven ? Les gens lui achetaient sa musique, de son vivant?<br><strong>Paul</strong> – Ouais, mais bon, Beethoven… Il faisait plutôt de la musique classique…<br><strong>Vincent</strong> – Ça se vend toujours, la musique classique.<br><strong>Paul</strong> – C’est jamais très à la mode, mais du coup ça vieillit moins vite.<br><strong>Vincent</strong> – C’est ce que je dis toujours à ma femme. Le classique, c’est indémodable.<br><strong>Paul</strong> – Mais Van Gogh…<br><strong>Vincent</strong> – Ça vieillit mal.<br><strong>Paul</strong> – Comme Picasso.<br><strong>Vincent</strong> – Qui adorait la corrida…<br><strong>Paul</strong> – C’est normal, il était espagnol.<br><strong>Vincent</strong> – On dit que finalement, c’est peut-être Gauguin qui lui aurait coupé l’oreille, à Van Gogh. D’un coup d’épée… C’est même pour ça qu’il se serait taillé, à Tahiti.<br><strong>Paul</strong> – Gauguin aussi aimait la corrida ?<br><strong>Vincent</strong> – Pourquoi ? Il y a des corridas, à Tahiti ?<br><strong>Paul</strong> – À cause de l’oreille ! Et de l’épée…<br><strong>Vincent</strong> – Tu crois que dans un moment de folie, Gauguin, se prenant pour Picasso, aurait pu confondre Van Gogh avec un taureau…?<br><strong>Paul</strong> – Gauguin n’était pas fou. C’est Van Gogh, qui l’était.<br><strong>Vincent</strong> – La preuve, il s’est suicidé…<br><strong>Paul</strong> – On peut se suicider sans être fou…<br><strong>Vincent</strong> – Il s’est tiré une balle dans les champs.<br><strong>Paul</strong> – Il ne s’est pas tiré une balle dans le cœur ?<br><strong>Vincent</strong> – Si, dans les champs. Avec les corbeaux. C’est même le dernier tableau qu’il a peint.<br><strong>Paul</strong> – Et sur le tableau, on voit Van Gogh se suicider ?<br><strong>Vincent</strong> – On voit juste les corbeaux qui lui tournent autour.<br><strong>Paul</strong> – Comme des vautours…<br><strong>Vincent</strong> – Ils sentent ces choses-là… C’est l’instinct… Tu sais que ça vit très longtemps…<br><strong>Paul</strong> – Les vautours ?<br><strong>Vincent</strong> – Les corbeaux !<br><strong>Paul</strong> – Plus longtemps qu’un artiste peintre, en tout cas…<br><strong>Vincent</strong> – Ça dépend. Regarde Picasso. Il a vécu jusqu’à près de cent ans.<br><strong>Paul</strong> – Bon, c’est pas le tout, mais j’ai du boulot. Qu’est-ce que je te fais, aujourd’hui, Vincent…?<br><strong>Vincent</strong> – Comme d’habitude, Paul.<br><strong>Paul</strong> – Bien dégagé derrière les oreilles ?<br><strong>Vincent</strong> – Pas trop quand même…<br><strong>Paul</strong> – Disons que je te laisse les oreilles.<br><strong>Vincent</strong> – Voilà.<br><strong>Paul</strong> – Mais si je dois en couper une, tu préfères que je te laisse laquelle ?<br><strong>Vincent</strong> – Quelle oreille il s’était coupée, Van Gogh ?<br><strong>Paul</strong> – La gauche.<br><strong>Vincent</strong> – Bon ben laisse-moi la droite, alors… Si je veux avoir une chance de passer à la postérité. Tu as le journal ?<br><strong>Paul</strong> – Pour emballer ton oreille ?<br><strong>Vincent</strong> – Pour le lire…<br><strong>Paul</strong> – Si je te coupe une oreille, tu crois que ce sera dans le journal ?<br><strong>Vincent</strong> – Non…<br><strong>Paul</strong> – Et si je te coupe les deux.<br><strong>Vincent</strong> – Pas forcément…<br><strong>Paul</strong> – Et si je te coupe les deux oreilles et la queue ?<br><strong>Vincent</strong> – En Espagne, peut-être…<br><strong><em>Noir.</em></strong></p>



<p style="padding-top:0;padding-right:0;padding-bottom:0;padding-left:0"></p>



<figure class="wp-block-image alignleft size-full is-resized" style="margin-top:var(--wp--preset--spacing--30);margin-right:var(--wp--preset--spacing--20);margin-bottom:var(--wp--preset--spacing--30);margin-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><img decoding="async" width="320" height="104" src="https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/sacd.jpg" alt="Logo de la SACD" class="wp-image-19" style="width:92px;height:auto" srcset="https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/sacd.jpg 320w, https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/sacd-300x98.jpg 300w" sizes="(max-width: 320px) 100vw, 320px" /></figure>



<p style="padding-top:0;padding-right:0;padding-bottom:0;padding-left:0">Toute représentation, gratuite ou payante, doit être autorisée par la <a href="https://sketchotheque.net/droits-dauteur/">SACD</a>.</p>



<p>Sketch extrait du recueil <em><a href="https://sketchotheque.net/de-toutes-les-couleurs/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">De toutes les couleurs</a></em><br><a href="https://sketchotheque.net/de-toutes-les-couleurs/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Lien vers le recueil pour l&rsquo;acheter ou le télécharger gratuitement (PDF)</a>.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><a href="https://sketchotheque.net/de-toutes-les-couleurs/"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="400" height="232" src="https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/bandeau-de-toutes-les-couleurs-jean-pierre-martinez.webp" alt="Photo du recueil de sketchs De toutes les couleurs" class="wp-image-486" style="width:204px;height:auto" srcset="https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/bandeau-de-toutes-les-couleurs-jean-pierre-martinez.webp 400w, https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/bandeau-de-toutes-les-couleurs-jean-pierre-martinez-300x174.webp 300w" sizes="(max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-left">Retrouvez l&rsquo;ensemble des pièces de théâtre de Jean-Pierre Martinez sur son site : <a href="https://jeanpierremartinez.net" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://jeanpierremartinez.net</a></p>



<p><strong>Analyse du sketch</strong><br>Ce sketch est une virtuosité verbale construite autour du mythe de Van Gogh, mêlant références artistiques, détournements absurdes et ping-pong surréaliste entre deux personnages complices. Il commence par une simple question sur la célèbre oreille tranchée, et déroule une série d’associations libres et saugrenues entre Van Gogh, Beethoven, Picasso, Gauguin, les corbeaux, la corrida… jusqu’au salon de coiffure où l’on comprend enfin le contexte.</p>



<p>Le sketch repose sur le comique de répétition, le détournement logique, et le glissement d’un sujet sérieux vers le burlesque, dans la tradition de Dubillard ou des dialogues de Devos. Les deux personnages incarnent l’opposition entre culture savante et culture populaire, mais sans jamais trancher — ils jouent ensemble, dans une forme de complicité rieuse et doucement moqueuse.</p>



<p>La mort de Van Gogh devient ici prétexte à un jeu langagier jubilatoire, où les clichés sur les artistes maudits sont tournés en dérision, et où la question de la valeur artistique est posée de manière provocante : « Est-ce que ça vaut vraiment ce que ça coûte ? ». La question du succès posthume est également tournée en ironie : on ne devient célèbre qu’à condition de mourir dans des conditions suffisamment spectaculaires — et encore, pas toujours !</p>



<p>Le titre « Noir corbeau » renvoie à la dernière œuvre de Van Gogh, <em>Champ de blé aux corbeaux</em>, et constitue une métaphore filée du pressentiment de la mort, que les personnages détournent en blagues noires, jusqu’à évoquer les oreilles coupées dans les arènes espagnoles.</p>



<p>Enfin, le sketch s’achève sur une chute brillante et osée : la boucle est bouclée entre l&rsquo;art, la vie, la mort et… la coiffure, dans une pirouette finale qui donne tout son sel à l’ensemble.</p>
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		<title>Du balai</title>
		<link>https://sketchotheque.net/du-balai/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Pierre Martinez]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Apr 2025 09:53:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[3 personnages]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Du balai, un sketch humoristique extrait du recueil 'Brèves de trottoirs' de Jean-Pierre Martinez. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading"><em>Sketch de Jean-Pierre Martinez</em></h2>



<p><em>Deux balayeurs. Ils balaient. L’un ramasse quelque chose par terre.<br></em><strong>Un </strong>– C’est dingue tout ce qu’on peut trouver dans les caniveaux.<br><strong>Deux</strong> – C’est quoi ?<br><strong>Un</strong> – Une oreille.<br><strong>Deux</strong> – Quoi ?<br><strong>Un</strong> – Une oreille, je te dis !<br><strong>Deux</strong> – Une oreille ? Non ? Fais voir… Ah ouais, c’est une oreille, dis donc.<br><em>Il se met à regarder par terre.</em><br><strong>Un</strong> – Qu’est-ce que tu cherches ?<br><strong>Deux</strong> – Je regarde s’il n’y aurait pas la deuxième.<br><strong>Un</strong> – Pourquoi il y aurait la deuxième ?<br><strong>Deux</strong> – Je ne sais pas… Les oreilles, ça marche par deux, non ?<br><strong>Un</strong> – Les oreilles, ça marche par deux… N’importe quoi…<br><em>Ils restent un instant perplexes, appuyés sur le manche de leurs balais.</em><br><strong>Deux</strong> – Qu’est-ce qu’on va en faire, de cette oreille ?<br><strong>Un</strong> – Qu’est-ce que tu veux qu’on en fasse ?<br><strong>Deux</strong> – Je ne sais pas. On devrait peut-être essayer de retrouver son propriétaire.<br><strong>Un</strong> – Qu’est-ce que tu veux qu’il en fasse ?<br><strong>Deux</strong> – Il me semble que moi, si je perdais une oreille et qu’on la retrouve, j’aimerais bien qu’on me la rapporte.<br><strong>Un</strong> – Comment ça, si tu perdais une oreille ? On ne perd pas ses oreilles comme on perd ses clefs ! Comment veux-tu perdre une oreille sans t’en apercevoir ?<br><strong>Deux</strong> – C’est vrai, ça… Comment est-ce qu’il a bien pu perdre une oreille, ce type ?<br><strong>Un</strong> – Ça peut aussi être une femme.<br><strong>Deux</strong> – Une femme ? Pourquoi une femme ?<br><strong>Un</strong> – Pourquoi pas une femme ? Les femmes aussi ont des oreilles, non ? Sinon, à quoi elles accrocheraient leurs boucles d’oreille…<br><strong>Deux</strong> – Mais cette oreille-là ne porte pas de boucle d’oreille.<br><strong>Un</strong> – C’était peut-être une femme qui ne portait pas de boucle d’oreille…<br><strong>Deux</strong> – C’est affreux…<br><strong>Un</strong> – Quoi ?<br><strong>Deux</strong> – Savoir que quelque part, une femme marche dans la rue avec une seule oreille.<br><strong>Un</strong> – La femme à l’oreille coupée…<br><em>Justement une femme arrive.</em><br><strong>Trois</strong> – Je lis dans les lignes de la main. Voulez-vous me donner la vôtre ?<br><strong>Un</strong> – On cherche plutôt quelqu’un qui lise dans les lobes de l’oreille. Vous savez faire ça ?<br><strong>Trois</strong> – Faut voir…<br><em>Il lui tend l’oreille.</em><br><strong>Un</strong> – Tenez, je vous prête une oreille attentive.<br><strong>Deux</strong> – On voudrait surtout savoir à qui elle appartient, cette oreille.<br><em>La voyante semble se concentrer.</em><br><strong>Trois</strong> – Je vois… un balai.<br><strong>Deux</strong> – Vous croyez que cette oreille pourrait avoir appartenu à une sorcière ?<br><strong>Un</strong> – Un balai… Évidemment, on est balayeurs, alors elle voit des balais ! On serait poissonniers, elle sentirait le poisson. Et on serait marins, elle entendrait la mer…<br><strong>Trois</strong> – Pour l’instant je sens surtout de mauvaises vibrations…<br><strong>Deux</strong> – On a trouvé cette oreille en balayant les feuilles mortes dans le caniveau.<br><strong>Un</strong> – L’automne, c’est la haute saison pour les balayeurs… Les oreilles mortes se ramassent à la pelle…<br><strong>Deux</strong> – Qu’est-ce que vous voyez d’autre ?<br><strong>Trois</strong> – Je vois… (<em>Brandissant l’oreille, comme en transe</em>) Je ne vois rien, mais j’entends.<br><strong>Un</strong> – Une voyante qui entend, maintenant…<br><strong>Deux</strong> – Et qu’est-ce que vous entendez ?<br><strong>Un</strong> – J’entends une voix… qui vient de très loin.<br><strong>Deux</strong> – Et qu’est-ce qu’elle dit, cette voix ?<br><strong>Trois</strong> – J’entends… des chiffres !<br><strong>Un</strong> – Des chiffres ?<br><strong>Deux</strong> – Ça doit être un message codé.<br><strong>Trois</strong> – Cinq chiffres… Et un sixième…<br><strong>Deux</strong> – Le numéro complémentaire !<br><strong>Trois</strong> – Oui… Oui, c’est bien ça… Ça ressemble à la combinaison du prochain loto !<br><strong>Un</strong> – Le loto ?<br><strong>Deux</strong> – Et c’est quoi, ces chiffres ?<br><em>Elle lui rend brusquement l’oreille, comme si le charme était rompu.</em><br><strong>Trois</strong> – Ça, pour le savoir, il faut payer d’avance.<br><strong>Un</strong> – C’est ça oui… Et qu’est-ce qui nous prouve que c’est la bonne combinaison ?<br><strong>Trois</strong> – Rien. Vous n’êtes pas obligés d’y croire. C’est vous qui voyez…<br><strong>Un</strong> – C’est nous qui voyons ? Je pensais que c’était vous, la voyante…<br><strong>Deux</strong> – Quand même, tu te rends compte ? Et si c’était le bon numéro ?<br><strong>Un</strong> – Tu parles sérieusement ?<br><strong>Deux</strong> – Qu’est-ce qu’on risque ?<br><strong>Un</strong> – Ça, je pense que madame va nous le dire…<br><strong>Trois</strong> – Cinquante euros.<br><strong>Un</strong> – Cinquante euros ?<br><strong>Trois</strong> – C’est à prendre ou à laisser.<br><strong>Un</strong> – Et si c’était vrai, pourquoi est-ce que vous ne la joueriez pas vous-même, la combinaison gagnante ?<br><strong>Trois</strong> – C’est vous qui l’avez trouvée, cette oreille. Pas moi. Ce serait contraire à la déontologie.<br><strong>Deux</strong> – Ça ne fait que 25 euros chacun…<br><strong>Un</strong> – Va pour 40, d’accord ?<br><strong>Trois</strong> – OK.<br><em>Ils lui donnent chacun un billet de vingt. Elle sort un papier de sa poche et le leur tend.</em><br><strong>Trois</strong> – Voilà les numéros gagnants.<br><strong>Deux</strong> – Mais… ils étaient déjà écrits sur ce papier avant que vous n’entendiez cette voix !<br><strong>Trois</strong> (<em>avec emphase</em>) – Le destin est toujours écrit d’avance.<br><em>Elle s’en va.</em><br><strong>Deux</strong> – Je ne sais pas pourquoi, mais moi j’y crois…<br><strong>Un</strong> – Et c’est quoi, ces numéros ?<br><em>L’autre s’apprête à le lui dire, mais se ravise.</em><br><strong>Deux</strong> – Viens plutôt par là… (<em>Jetant un regard vers le public</em>) Les murs ont des oreilles…<br><em>Ils se mettent un peu en retrait.</em><br><strong>Un</strong> – Alors ?<br><strong>Deux</strong> – Le 13.<br><strong>Un</strong> – Classique.<br><strong>Deux</strong> – Le 5 bis.<br><strong>Un</strong> – On va dire le 5.<br><strong>Deux</strong> – Et le 214.<br><strong>Un</strong> – Le 214 ?<br><strong>Deux</strong> – On va dire le 2, le 1 et le 4.<br><strong>Un</strong> – Ouais, mais ça ne fait que 5 numéros.<br><strong>Deux</strong> – Ah ouais, c’est vrai…<br><strong>Un</strong> – Elle ne nous a pas donné le numéro complémentaire, la salope.<br><strong>Deux</strong> – On aurait dû lui donner les cinquante euros qu’elle nous demandait.<br><strong>Un</strong> – C’est ça, ça va être de ma faute, maintenant.<br><strong>Deux</strong> – Et cette oreille, qu’est-ce qu’on en fait ? Elle n’a pas l’air très propre…<br><strong>Un</strong> – Évidemment, on l’a trouvée dans le caniveau…<br>Deux – Ouais… (<em>En direction de la salle</em>) Personne n’a perdu une oreille ? Une oreille sale… Bon ben je la laisse ici, bien en évidence. Si celui qui l’a perdue veut la récupérer…<br><strong>Un</strong> – Bon, on la fait, cette grille, oui ou non ?<br><strong>Deux</strong> – Allons-y… Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que c’est notre jour de chance…<br><em>Ils sortent.</em><br><em><strong>Noir</strong></em>.</p>



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<figure class="wp-block-image alignleft size-full is-resized" style="margin-top:var(--wp--preset--spacing--30);margin-right:var(--wp--preset--spacing--20);margin-bottom:var(--wp--preset--spacing--30);margin-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><img decoding="async" width="320" height="104" src="https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/sacd.jpg" alt="Logo de la SACD" class="wp-image-19" style="width:92px;height:auto" srcset="https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/sacd.jpg 320w, https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/sacd-300x98.jpg 300w" sizes="(max-width: 320px) 100vw, 320px" /></figure>



<p style="padding-top:0;padding-right:0;padding-bottom:0;padding-left:0">Toute représentation, gratuite ou payante, doit être autorisée par la <a href="https://sketchotheque.net/droits-dauteur/">SACD</a>.</p>



<p>Sketch extrait du recueil <em><a href="https://sketchotheque.net/breves-de-trottoirs/">Brèves de trottoirs</a></em><br><a href="https://sketchotheque.net/breves-de-trottoirs/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Lien vers le recueil pour l&rsquo;acheter ou le télécharger gratuitement (PDF)</a>.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><a href="https://sketchotheque.net/breves-de-trottoirs/"><img loading="lazy" decoding="async" width="400" height="247" src="https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/bandeau-breves-de-trottoirs-jean-pierre-martinez.webp" alt="Couverture du recueil de sketchs Brèves de trottoirs de Jean-Pierre Martinez" class="wp-image-477" style="width:204px;height:auto" srcset="https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/bandeau-breves-de-trottoirs-jean-pierre-martinez.webp 400w, https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/bandeau-breves-de-trottoirs-jean-pierre-martinez-300x185.webp 300w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-left">Retrouvez l&rsquo;ensemble des pièces de théâtre de Jean-Pierre Martinez sur son site : <a href="https://jeanpierremartinez.net" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://jeanpierremartinez.net</a></p>



<p><strong>Analyse</strong><br>« Du balai » est un bijou de comique absurde et métaphysique, dans la lignée des sketches surréalistes. À partir d’un simple détail incongru — une oreille trouvée dans un caniveau — le sketch déploie un univers entier fait de logique dévoyée, de croyances détournées et de langage bancal, où tout peut faire sens… ou non. La trouvaille d’une oreille évoque le monde des corps fragmentés, des anonymes oubliés, mais ici, elle devient un récepteur magique de signes. C’est une parabole sur l’écoute, littérale et figurée : prêter l’oreille, prêter foi, entendre la fortune, ou les voix… Le sketch brille par ses glissements de sens constants, ses jeux de mots (notamment autour de “prêter l’oreille”) et son rythme parfaitement maîtrisé.</p>



<p>Le personnage de la voyante condense la parodie de la crédulité populaire et de l’économie ésotérique, où l’on vend de l’espoir aux plus désespérés — pour 50 euros ou un “rabais” à 40. Sa dernière justification (“le destin est toujours écrit d’avance”) est à la fois poétique et glaçante. Les deux balayeurs, figures d’hommes de la rue (au sens propre et figuré), incarnent un mélange de lucidité désabusée et de foi naïve, comme beaucoup de personnages du recueil. Leur espoir de gagner au loto, malgré l’évidence de l’arnaque, résume une forme de dignité paradoxale : face à l’absurdité du monde, ils choisissent d’y croire encore, un peu.</p>
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