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	<title>Archives des Voyante - La Sketchothèque</title>
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	<description>Les sketchs de Jean-Pierre Martinez</description>
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	<title>Archives des Voyante - La Sketchothèque</title>
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	<item>
		<title>Du balai</title>
		<link>https://sketchotheque.net/du-balai/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Pierre Martinez]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Apr 2025 09:53:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[3 personnages]]></category>
		<category><![CDATA[Absurde]]></category>
		<category><![CDATA[Argent]]></category>
		<category><![CDATA[Balayeur]]></category>
		<category><![CDATA[Brèves de trottoirs]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Du balai, un sketch humoristique extrait du recueil 'Brèves de trottoirs' de Jean-Pierre Martinez. </p>
<p>L’article <a href="https://sketchotheque.net/du-balai/">Du balai</a> est apparu en premier sur <a href="https://sketchotheque.net">La Sketchothèque</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading"><em>Sketch de Jean-Pierre Martinez</em></h2>



<p><em>Deux balayeurs. Ils balaient. L’un ramasse quelque chose par terre.<br></em><strong>Un </strong>– C’est dingue tout ce qu’on peut trouver dans les caniveaux.<br><strong>Deux</strong> – C’est quoi ?<br><strong>Un</strong> – Une oreille.<br><strong>Deux</strong> – Quoi ?<br><strong>Un</strong> – Une oreille, je te dis !<br><strong>Deux</strong> – Une oreille ? Non ? Fais voir… Ah ouais, c’est une oreille, dis donc.<br><em>Il se met à regarder par terre.</em><br><strong>Un</strong> – Qu’est-ce que tu cherches ?<br><strong>Deux</strong> – Je regarde s’il n’y aurait pas la deuxième.<br><strong>Un</strong> – Pourquoi il y aurait la deuxième ?<br><strong>Deux</strong> – Je ne sais pas… Les oreilles, ça marche par deux, non ?<br><strong>Un</strong> – Les oreilles, ça marche par deux… N’importe quoi…<br><em>Ils restent un instant perplexes, appuyés sur le manche de leurs balais.</em><br><strong>Deux</strong> – Qu’est-ce qu’on va en faire, de cette oreille ?<br><strong>Un</strong> – Qu’est-ce que tu veux qu’on en fasse ?<br><strong>Deux</strong> – Je ne sais pas. On devrait peut-être essayer de retrouver son propriétaire.<br><strong>Un</strong> – Qu’est-ce que tu veux qu’il en fasse ?<br><strong>Deux</strong> – Il me semble que moi, si je perdais une oreille et qu’on la retrouve, j’aimerais bien qu’on me la rapporte.<br><strong>Un</strong> – Comment ça, si tu perdais une oreille ? On ne perd pas ses oreilles comme on perd ses clefs ! Comment veux-tu perdre une oreille sans t’en apercevoir ?<br><strong>Deux</strong> – C’est vrai, ça… Comment est-ce qu’il a bien pu perdre une oreille, ce type ?<br><strong>Un</strong> – Ça peut aussi être une femme.<br><strong>Deux</strong> – Une femme ? Pourquoi une femme ?<br><strong>Un</strong> – Pourquoi pas une femme ? Les femmes aussi ont des oreilles, non ? Sinon, à quoi elles accrocheraient leurs boucles d’oreille…<br><strong>Deux</strong> – Mais cette oreille-là ne porte pas de boucle d’oreille.<br><strong>Un</strong> – C’était peut-être une femme qui ne portait pas de boucle d’oreille…<br><strong>Deux</strong> – C’est affreux…<br><strong>Un</strong> – Quoi ?<br><strong>Deux</strong> – Savoir que quelque part, une femme marche dans la rue avec une seule oreille.<br><strong>Un</strong> – La femme à l’oreille coupée…<br><em>Justement une femme arrive.</em><br><strong>Trois</strong> – Je lis dans les lignes de la main. Voulez-vous me donner la vôtre ?<br><strong>Un</strong> – On cherche plutôt quelqu’un qui lise dans les lobes de l’oreille. Vous savez faire ça ?<br><strong>Trois</strong> – Faut voir…<br><em>Il lui tend l’oreille.</em><br><strong>Un</strong> – Tenez, je vous prête une oreille attentive.<br><strong>Deux</strong> – On voudrait surtout savoir à qui elle appartient, cette oreille.<br><em>La voyante semble se concentrer.</em><br><strong>Trois</strong> – Je vois… un balai.<br><strong>Deux</strong> – Vous croyez que cette oreille pourrait avoir appartenu à une sorcière ?<br><strong>Un</strong> – Un balai… Évidemment, on est balayeurs, alors elle voit des balais ! On serait poissonniers, elle sentirait le poisson. Et on serait marins, elle entendrait la mer…<br><strong>Trois</strong> – Pour l’instant je sens surtout de mauvaises vibrations…<br><strong>Deux</strong> – On a trouvé cette oreille en balayant les feuilles mortes dans le caniveau.<br><strong>Un</strong> – L’automne, c’est la haute saison pour les balayeurs… Les oreilles mortes se ramassent à la pelle…<br><strong>Deux</strong> – Qu’est-ce que vous voyez d’autre ?<br><strong>Trois</strong> – Je vois… (<em>Brandissant l’oreille, comme en transe</em>) Je ne vois rien, mais j’entends.<br><strong>Un</strong> – Une voyante qui entend, maintenant…<br><strong>Deux</strong> – Et qu’est-ce que vous entendez ?<br><strong>Un</strong> – J’entends une voix… qui vient de très loin.<br><strong>Deux</strong> – Et qu’est-ce qu’elle dit, cette voix ?<br><strong>Trois</strong> – J’entends… des chiffres !<br><strong>Un</strong> – Des chiffres ?<br><strong>Deux</strong> – Ça doit être un message codé.<br><strong>Trois</strong> – Cinq chiffres… Et un sixième…<br><strong>Deux</strong> – Le numéro complémentaire !<br><strong>Trois</strong> – Oui… Oui, c’est bien ça… Ça ressemble à la combinaison du prochain loto !<br><strong>Un</strong> – Le loto ?<br><strong>Deux</strong> – Et c’est quoi, ces chiffres ?<br><em>Elle lui rend brusquement l’oreille, comme si le charme était rompu.</em><br><strong>Trois</strong> – Ça, pour le savoir, il faut payer d’avance.<br><strong>Un</strong> – C’est ça oui… Et qu’est-ce qui nous prouve que c’est la bonne combinaison ?<br><strong>Trois</strong> – Rien. Vous n’êtes pas obligés d’y croire. C’est vous qui voyez…<br><strong>Un</strong> – C’est nous qui voyons ? Je pensais que c’était vous, la voyante…<br><strong>Deux</strong> – Quand même, tu te rends compte ? Et si c’était le bon numéro ?<br><strong>Un</strong> – Tu parles sérieusement ?<br><strong>Deux</strong> – Qu’est-ce qu’on risque ?<br><strong>Un</strong> – Ça, je pense que madame va nous le dire…<br><strong>Trois</strong> – Cinquante euros.<br><strong>Un</strong> – Cinquante euros ?<br><strong>Trois</strong> – C’est à prendre ou à laisser.<br><strong>Un</strong> – Et si c’était vrai, pourquoi est-ce que vous ne la joueriez pas vous-même, la combinaison gagnante ?<br><strong>Trois</strong> – C’est vous qui l’avez trouvée, cette oreille. Pas moi. Ce serait contraire à la déontologie.<br><strong>Deux</strong> – Ça ne fait que 25 euros chacun…<br><strong>Un</strong> – Va pour 40, d’accord ?<br><strong>Trois</strong> – OK.<br><em>Ils lui donnent chacun un billet de vingt. Elle sort un papier de sa poche et le leur tend.</em><br><strong>Trois</strong> – Voilà les numéros gagnants.<br><strong>Deux</strong> – Mais… ils étaient déjà écrits sur ce papier avant que vous n’entendiez cette voix !<br><strong>Trois</strong> (<em>avec emphase</em>) – Le destin est toujours écrit d’avance.<br><em>Elle s’en va.</em><br><strong>Deux</strong> – Je ne sais pas pourquoi, mais moi j’y crois…<br><strong>Un</strong> – Et c’est quoi, ces numéros ?<br><em>L’autre s’apprête à le lui dire, mais se ravise.</em><br><strong>Deux</strong> – Viens plutôt par là… (<em>Jetant un regard vers le public</em>) Les murs ont des oreilles…<br><em>Ils se mettent un peu en retrait.</em><br><strong>Un</strong> – Alors ?<br><strong>Deux</strong> – Le 13.<br><strong>Un</strong> – Classique.<br><strong>Deux</strong> – Le 5 bis.<br><strong>Un</strong> – On va dire le 5.<br><strong>Deux</strong> – Et le 214.<br><strong>Un</strong> – Le 214 ?<br><strong>Deux</strong> – On va dire le 2, le 1 et le 4.<br><strong>Un</strong> – Ouais, mais ça ne fait que 5 numéros.<br><strong>Deux</strong> – Ah ouais, c’est vrai…<br><strong>Un</strong> – Elle ne nous a pas donné le numéro complémentaire, la salope.<br><strong>Deux</strong> – On aurait dû lui donner les cinquante euros qu’elle nous demandait.<br><strong>Un</strong> – C’est ça, ça va être de ma faute, maintenant.<br><strong>Deux</strong> – Et cette oreille, qu’est-ce qu’on en fait ? Elle n’a pas l’air très propre…<br><strong>Un</strong> – Évidemment, on l’a trouvée dans le caniveau…<br>Deux – Ouais… (<em>En direction de la salle</em>) Personne n’a perdu une oreille ? Une oreille sale… Bon ben je la laisse ici, bien en évidence. Si celui qui l’a perdue veut la récupérer…<br><strong>Un</strong> – Bon, on la fait, cette grille, oui ou non ?<br><strong>Deux</strong> – Allons-y… Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression que c’est notre jour de chance…<br><em>Ils sortent.</em><br><em><strong>Noir</strong></em>.</p>



<p style="padding-top:0;padding-right:0;padding-bottom:0;padding-left:0"></p>



<figure class="wp-block-image alignleft size-full is-resized" style="margin-top:var(--wp--preset--spacing--30);margin-right:var(--wp--preset--spacing--20);margin-bottom:var(--wp--preset--spacing--30);margin-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><img decoding="async" width="320" height="104" src="https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/sacd.jpg" alt="Logo de la SACD" class="wp-image-19" style="width:92px;height:auto" srcset="https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/sacd.jpg 320w, https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/sacd-300x98.jpg 300w" sizes="(max-width: 320px) 100vw, 320px" /></figure>



<p style="padding-top:0;padding-right:0;padding-bottom:0;padding-left:0">Toute représentation, gratuite ou payante, doit être autorisée par la <a href="https://sketchotheque.net/droits-dauteur/">SACD</a>.</p>



<p>Sketch extrait du recueil <em><a href="https://sketchotheque.net/breves-de-trottoirs/">Brèves de trottoirs</a></em><br><a href="https://sketchotheque.net/breves-de-trottoirs/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Lien vers le recueil pour l&rsquo;acheter ou le télécharger gratuitement (PDF)</a>.</p>



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<p class="has-text-align-left">Retrouvez l&rsquo;ensemble des pièces de théâtre de Jean-Pierre Martinez sur son site : <a href="https://jeanpierremartinez.net" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://jeanpierremartinez.net</a></p>



<p><strong>Analyse</strong><br>« Du balai » est un bijou de comique absurde et métaphysique, dans la lignée des sketches surréalistes. À partir d’un simple détail incongru — une oreille trouvée dans un caniveau — le sketch déploie un univers entier fait de logique dévoyée, de croyances détournées et de langage bancal, où tout peut faire sens… ou non. La trouvaille d’une oreille évoque le monde des corps fragmentés, des anonymes oubliés, mais ici, elle devient un récepteur magique de signes. C’est une parabole sur l’écoute, littérale et figurée : prêter l’oreille, prêter foi, entendre la fortune, ou les voix… Le sketch brille par ses glissements de sens constants, ses jeux de mots (notamment autour de “prêter l’oreille”) et son rythme parfaitement maîtrisé.</p>



<p>Le personnage de la voyante condense la parodie de la crédulité populaire et de l’économie ésotérique, où l’on vend de l’espoir aux plus désespérés — pour 50 euros ou un “rabais” à 40. Sa dernière justification (“le destin est toujours écrit d’avance”) est à la fois poétique et glaçante. Les deux balayeurs, figures d’hommes de la rue (au sens propre et figuré), incarnent un mélange de lucidité désabusée et de foi naïve, comme beaucoup de personnages du recueil. Leur espoir de gagner au loto, malgré l’évidence de l’arnaque, résume une forme de dignité paradoxale : face à l’absurdité du monde, ils choisissent d’y croire encore, un peu.</p>
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		<item>
		<title>Au bout de la rue</title>
		<link>https://sketchotheque.net/au-bout-de-la-rue/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Pierre Martinez]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Apr 2025 07:36:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[3 personnages]]></category>
		<category><![CDATA[Absurde]]></category>
		<category><![CDATA[Brèves de trottoirs]]></category>
		<category><![CDATA[Comique de langage]]></category>
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		<category><![CDATA[Langage]]></category>
		<category><![CDATA[Quiproquo]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au bout de la rue, un sketch humoristique extrait du recueil 'Brèves de trottoirs' de Jean-Pierre Martinez</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading"><em>Sketch de Jean-Pierre Martinez</em></h2>



<p><em>Un bout de rue, avec un trottoir et éventuellement un banc. Un personnage (homme ou femme) arrive d’un côté, un autre personnage arrive du côté opposé.</em><br><strong>Un</strong> – Excusez-moi, vous savez où elle va, cette rue&nbsp;?<br><strong>Deux</strong> – Où elle va&nbsp;? Ah non, je… Je ne sais pas exactement.<br><strong>Un</strong> – Mais pourtant vous en venez, non&nbsp;?<br><strong>Deux</strong> – D’où&nbsp;?<br><strong>Un</strong> – De cette rue&nbsp;!<br><strong>Deux</strong> – Ah non, mais moi je sors du 5 bis, là. C’est là où j’habite… Enfin bref, c’est tout au début de la rue. Dans l’autre sens, je ne sais pas où elle va, cette rue, moi.<br><strong>Un</strong> – Ah oui, c’est ennuyeux.<br><strong>Deux</strong> – Ennuyeux&nbsp;?<br><strong>Un</strong> – Je ne vais pas prendre cette rue sans savoir où elle va.<br><strong>Deux</strong> – Mais vous, vous allez où&nbsp;?<br><strong>Un</strong> – On m’a dit au bout de la rue mais…<br><strong>Deux</strong> – Au bout de la rue&nbsp;? Quelle rue&nbsp;?<br><strong>Un</strong> – On m’a dit la rue qui descend.<br><strong>Deux</strong> – La rue qui descend&nbsp;? Alors ça ne doit pas être celle-là.<br><strong>Un</strong> – Et pourquoi ça&nbsp;?<br><strong>Deux</strong> – Moi je dirais plutôt qu’elle monte, cette rue, non&nbsp;?<br><strong>Un</strong> – Ah oui, vous trouvez&nbsp;? Moi je trouve plutôt qu’elle descend.<br><strong>Deux</strong> – Ou alors, vous ne l’avez pas prise dans le bon sens…<br><strong>Un</strong> – Ah non, pour moi elle descend.<br><em>Un troisième personnage arrive.</em><br><strong>Deux</strong> – Excusez-moi de vous déranger… Vous trouvez qu’elle monte ou qu’elle descend, cette rue, vous&nbsp;?<br><strong>Trois</strong> – C’est pour un sondage&nbsp;?<br><strong>Deux</strong> – Non…<br><strong>Trois</strong> – Je vous préviens, moi je ne fais pas de politique.<br><strong>Deux</strong> – Non, non, c’est juste cette personne qui… On lui a dit au bout de la rue qui descend et…<br><em>Le troisième regarde la rue.</em><br><strong>Trois</strong> – Moi, je dirais plutôt qu’elle est plate, cette rue, non&nbsp;?<br><strong>Deux</strong> – Un faux plat, alors…<br><strong>Un</strong> – Oui, mais un faux plat qui monte ou un faux plat qui descend&nbsp;?<br><strong>Trois</strong> – On n’a qu’à poser une bille par terre sur le trottoir, et on verra bien si elle monte ou si elle descend.<br><strong>Un</strong> – Comment est-ce qu’une bille pourrait bien monter&nbsp;?<br><strong>Trois</strong> – Pas la bille&nbsp;! La rue. On pose la bille par terre, et on verra bien dans quel sens elle se met à rouler.<br><strong>Un</strong> – Oui, évidemment, on peut faire ça…<br><em>Ils semblent tous les trois attendre quelque chose.</em><br><strong>Deux</strong> – Vous avez une bille&nbsp;?<br><strong>Trois</strong> – Non.<br><strong>Un</strong> – Alors pourquoi vous avez parlé de poser une bille par terre&nbsp;?<br><strong>Trois</strong> – J’ai dit ça comme ça, moi&nbsp;! Je n’ai jamais dit que j’avais une bille. Vous trouvez que j’ai une tête à jouer aux billes&nbsp;?<br><strong>Deux</strong> – Faudrait trouver un gosse.<br><strong>Un</strong> – Un gosse avec des billes.<br><em>Ils regardent autour d’eux.</em><br><strong>Trois</strong> – De nos jours, des gosses qui jouent aux billes…<br><strong>Deux</strong> – Ouais…<br><strong>Trois</strong> – C’est vrai. Ça se perd. Moi, quand j’étais gosse, on jouait encore aux billes.<br><strong>Deux</strong> – C’était une autre époque. Ça paraît tellement loin. Maintenant, si les gosses jouaient aux billes, ce serait à partir d’une application sur leur smartphone.<br><strong>Un</strong> – Bon, ça ne me dit toujours pas si c’est la bonne rue.<br><strong>Trois</strong> – La bonne rue&nbsp;?<br><strong>Deux</strong> – On lui a dit au bout de la rue, mais on ne lui a pas dit le nom de la rue.<br><strong>Trois</strong> – Au bout de la rue, c’est tout&nbsp;?<br><strong>Un</strong> – On m’a dit la rue qui descend.<br><strong>Trois</strong> – Qui descend&nbsp;? Mais dans quel sens&nbsp;?<br><strong>Deux</strong> – C’est ce que je lui ai dit…<br><strong>Trois</strong> – Mais vous allez où, au juste&nbsp;?<br><strong>Un</strong> – Je ne vais nulle part&nbsp;! Je cherche ma voiture.<br><strong>Trois</strong> – Votre voiture…<br><strong>Un</strong> – Mon mari m’a dit qu’il l’avait garée dans une rue qui descend, mais il ne m’a pas dit laquelle…<br><strong>Deux</strong> – C’était il y a longtemps&nbsp;?<br><strong>Trois</strong> – Pourquoi&nbsp;? Vous pensez que la pente de la rue aurait pu changer de sens entre-temps&nbsp;?<br><strong>Deux</strong> – Vous n’avez qu’à la descendre, cette rue, et vous verrez bien si votre voiture y est garée.<br><strong>Trois</strong> – La descendre… ou la monter. Telle est la question.<br><strong>Deux</strong> – Il vous a dit en face de quel numéro&nbsp;?<br><strong>Un</strong> – Il m’a juste dit au bout de la rue. Tout en haut.<br><strong>Trois</strong> (<em>sceptique</em>) – Tout en haut&nbsp;? Au bout d’une rue qui descend…<br><strong>Un</strong> – J’ai un peu peur de me perdre. Ça fait déjà un bon quart d’heure que je tourne en rond.<br><strong>Trois</strong> – C’est vrai qu’elle a l’air de tourner un peu, tout au bout, cette rue, non&nbsp;?<br><strong>Deux</strong> – Remarquez, ça expliquerait tout…<br><strong>Trois</strong> – Quoi&nbsp;?<br><strong>Deux</strong> – La rue d’en face, comment elle s’appelle&nbsp;?<br><strong>Un</strong> – Cette rue-là&nbsp;? Celle qui descend aussi&nbsp;?<br><strong>Trois</strong> – Moi je dirais plutôt qu’elle monte, mais bon…<br><strong>Deux</strong> – Je vais aller voir…<br><em>Il va voir. Le troisième se tourne dans la direction où l’autre est parti.</em><br><strong>Trois</strong> – Je ne sais pas où elle va, cette rue-là, je ne l’ai jamais prise… Moi je vais toujours au numéro 214 de la rue Tournefort. Deux fois par semaine depuis plus de dix ans.<br><em>L’autre revient.</em><br><strong>Deux</strong> – C’est incroyable, c’est aussi la rue Tournefort, numéro 214.<br><strong>Trois</strong> – Cette rue-là, c’est la rue Tournefort&nbsp;?<br><strong>Deux</strong> – Ben oui, comme celle-là.<br><strong>Un</strong> – Comment est-ce qu’une rue peut descendre dans les deux sens&nbsp;?<br><strong>Trois</strong> – Remarquez, si c’est une rue qui tourne en rond…<br><strong>Deux</strong> – Elle peut très bien descendre dans les deux sens…<br><strong>Trois</strong> – C’est pour ça que votre mari vous a dit la rue qui descend…<br><strong>Deux</strong> – Et au bout d’une rue qui descend et qui tourne en rond, forcément, on est tout en haut de la rue.<br><strong>Un</strong> – Ah oui, ce n’est pas faux…<br><strong>Trois</strong> – C’est incroyable… Ça fait dix ans que je parcours cette rue de bout en bout pour aller chez mon psychanalyste, en prenant à gauche à la sortie de la bouche, et je me rends compte aujourd’hui que c’est juste à droite en sortant.<br><strong>Deux</strong> – Quelle bouche&nbsp;?<br><strong>Trois</strong> – La bouche du métro&nbsp;!<br><strong>Un</strong> – Ah oui, c’est vraiment ce qui s’appelle tourner en rond.<br><strong>Deux</strong> – Si j’étais vous, j’arrêterais la psychanalyse…<br><strong>Un</strong> (<em>se retournant</em>) – Ah ben oui, tenez, elle est là-bas justement…<br><strong>Trois</strong> – Quoi&nbsp;?<br><strong>Un</strong> – Ma voiture&nbsp;!<br><strong>Deux</strong> – Eh ben voilà.<br><strong>Trois</strong> – Tout est bien qui finit bien.<br>Un – Merci beaucoup pour votre aide… Excusez-moi, il faut que je file, je suis déjà en retard…<br><strong>Deux</strong> – Mais je vous en prie.<br><em>Le personnage s’éloigne. Les deux autres le regardent partir.</em><br><strong>Trois</strong> – Ça n’a pas l’air de tourner très rond, quand même…<br><strong>Deux</strong> – Ouais…<br><strong><em>Noir</em></strong>.</p>



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<figure class="wp-block-image alignleft size-full is-resized" style="margin-top:var(--wp--preset--spacing--30);margin-right:var(--wp--preset--spacing--20);margin-bottom:var(--wp--preset--spacing--30);margin-left:var(--wp--preset--spacing--20)"><img decoding="async" width="320" height="104" src="https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/sacd.jpg" alt="Logo de la SACD" class="wp-image-19" style="width:92px;height:auto" srcset="https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/sacd.jpg 320w, https://sketchotheque.net/wp-content/uploads/2025/03/sacd-300x98.jpg 300w" sizes="(max-width: 320px) 100vw, 320px" /></figure>



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<p>Sketch extrait du recueil <em><a href="https://sketchotheque.net/breves-de-trottoirs/">Brèves de trottoirs</a></em><br><a href="https://sketchotheque.net/breves-de-trottoirs/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Lien vers le recueil pour l&rsquo;acheter ou le télécharger gratuitement (PDF)</a>.</p>



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<p><em><strong>Analyse</strong></em></p>



<p>« Au bout de la rue » est un parfait exemple de comique existentiel et absurde à la manière de Jean-Pierre Martinez. Le dialogue en apparence anodin sur le sens d’une rue devient un prétexte pour révéler l’absurdité de notre rapport au réel : perception biaisée, communication bancale, repères spatiaux déformés, et même perte de sens dans les petites choses du quotidien.</p>



<p>La structure circulaire du dialogue (comme la rue elle-même) crée un effet de boucle comique, renforcé par des quiproquos successifs et une logique implacable… mais déviante. Le sketch évoque à la fois l’errance urbaine et l’errance mentale, voire existentielle, d’une époque où l’on peut se perdre… dans sa propre rue.</p>



<p>La réflexion sur la psychanalyse, la perte des jeux d’enfance ou la question de la pente deviennent autant de métaphores d’une modernité désorientée, où la technologie ne peut remplacer ni les billes ni le bon sens.</p>
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